Oberron

No spark is too small to fire a dream

Cendrillon

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Cendrillon

L’enfant des cendres

Il était une fois, dans un royaume entouré de collines et de rivières argentées, une jeune fille nommée Elenor. Son père était un homme bon, maître d’écurie du duc, et sa mère, une femme douce qui savait parler au vent et aux fleurs. Mais lorsque la mère mourut, la maison perdit son éclat. Le père, égaré dans son chagrin, se remaria avec une dame noble, belle et hautaine, accompagnée de deux filles, Yssane et Coréne, aussi vaines que cruelles.

Elenor fut reléguée à l’ombre du foyer. On lui confia les corvées, les planchers, la lessive. Ses mains devinrent rudes, ses robes ternes, et les cendres de l’âtre furent souvent sa seule compagnie. C’est pourquoi ses demi-sœurs la surnommèrent Cendrillon — un nom qu’elles croyaient humiliant, mais qu’elle porta sans haine, car elle savait que la cendre garde la chaleur du feu disparu.

Les visites secrètes

La vie aurait été bien sombre si sa marraine, une femme aux cheveux d’argent et au regard profond, ne lui avait pas rendu visite en secret de facon reguliere. On disait qu’elle vivait "de l’autre côté du brouillard", là où le monde touche encore la magie. Elle venait à la tombée du soir, quand la maison dormait, et paraissait dans le jardin comme une brume douce autour des rosiers en ete et proche de la cheminee en hiver.

Elles parlaient souvent longtemps : de la beauté cachée dans les choses simples, des oiseaux qui migrent sans se tromper, de la lumière que le cœur peut abriter même dans la nuit. Puis, avant de disparaître, la marraine posait une main sur la joue de sa filleule.

L’annonce du bal

Un jour, un héraut parcourut les routes du royaume :

Les sœurs de Cendrillon s’agitèrent comme deux pies autour d’un trésor. Elles passèrent des heures à choisir leurs tissus, à se quereller pour des rubans, à se regarder dans le miroir. Cendrillon les aidait, silencieuse, cousant leurs robes, tressant leurs cheveux. Mais dans son cœur, un léger regret la pinçait : non pas de ne pas être belle, mais de ne pouvoir voir le monde au-delà de ces murs.

Le soir du bal, les carrosses partirent dans la nuit. La marâtre jeta un dernier regard méprisant à Cendrillon, restée près du feu. Alors, le silence retomba.

Le don de la marraine

Cendrillon soupira et regarda le jardin sombre. Elle pensa : Si seulement je pouvais, ne serait-ce qu’un instant, voir ce monde dont on me prive…

Et, comme appelée par son désir, la brume du soir s’éleva autour d’elle. De son sein jaillit la marraine fée, portant dans sa main une baguette brillante comme un croissant de lune.

demanda-t-elle en souriant.

D’un geste, la fée transforma une citrouille en carrosse doré, six souris en chevaux gris, et le vieux chien de la cour en un cocher noble et fidèle. Puis elle effleura Cendrillon de sa baguette, et ses haillons se changèrent en une robe d’argent et de rosée, brodée de petites étoiles. Sur ses pieds apparurent deux souliers de verre, transparents comme la clarté de l’aube.

Le bal et la danse

Le palais resplendissait de mille chandelles. Lorsque Cendrillon entra, les conversations cessèrent. On eût dit qu’une étoile était descendue marcher parmi les hommes.

Le prince Alaric, vêtu d’un manteau sombre bordé d’argent, la vit, et son regard se fixa sur elle. Il s’approcha, s’inclina profondément, et dit :

Elle sourit, un peu troublée.

Ils dansèrent. Leur pas était lent, fluide, presque silencieux. Le prince lui parla doucement de ses voyages, des terres froides du Nord, des jours sans soleils et des nuits illuminees par les aurores boreales. Cendrillon lui raconta, à mots couverts, la vie simple qu’elle menait, la beauté des choses humbles, la force qu’il faut pour rester doux dans un monde dur.

Ils s’écoutait comme on écoute un chant oublié.

Mais déjà, les cloches sonnèrent — une, deux, trois… jusqu’à onze. Cendrillon blêmit.

Et elle s’enfuit dans la nuit, perdant un soulier sur les marches du grand escalier. Quand Alaric le ramassa, le verre luisait d’une clarté douce, comme si une étoile y dormait.

Le retour du jour

Le lendemain, le prince fit proclamer dans tout le royaume :

Yssane et Coréne essayèrent, bien sûr. Elles rirent, mentirent, se plaignirent. Mais le soulier resta froid à leur contact. Alors Cendrillon s’approcha, humble et calme.

Le prince, présent lui-même, la reconnut aussitôt. Quand elle enfila le soulier, celui-ci s’illumina comme un rayon d’aube. Le second apparut aussitôt dans sa main, changé de cendre en cristal pur.

dit le prince, émerveillé.

répondit-elle doucement.

-Mais ce que vous avez vu cette nuit, ce n’était pas un miracle de magie. C’était ce que je suis, quand la peur et la honte se taisent.

Alors il s’inclina profondément.

Le dernier adieu

Le soir de leurs noces, dans le jardin illuminé, la marraine fée apparut une dernière fois. Elle posa la main sur l’épaule de Cendrillon et dit :

Cendrillon lui sourit à travers ses larmes.

Puis la fée se dissipa dans la brume, emportée par le vent du soir. Et l’on dit qu’à chaque hiver, quand le feu crépite dans les cheminées du royaume, on entend, au loin, un rire doux et lumineux, semblable à une étoile qui veille.