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Il était une fois, dans une clairière ensoleillée à la lisière d’un grand bois, une maman cochon qui vivait avec ses trois petits cochons. Ils grandissaient vite, et un matin, la maman leur dit d’une voix douce mais ferme : — Mes chers enfants, vous avez maintenant du poil au menton, il est temps pour vous de quitter le nid. Allez construire vos propres maisons, soyez prudents, travaillez dur, et surtout, méfiez-vous du loup ! Les trois petits cochons embrassèrent leur mère, chacun la promesse au cœur de construire une belle maison. Puis, ils partirent sur la route, pleins de rêves, de courage… et d’un peu d’impatience.
Le plus jeune des trois cochons, insouciant et joyeux, n’aimait pas trop l’effort. Il voulait construire vite pour pouvoir chanter, danser, et se reposer. Alors, quand il vit un champ de paille, il eut une idée :
— Parfait ! Je vais construire ma maison avec cette paille. Ce sera rapide, et je pourrai profiter de la vie ensuite. En quelques heures à peine, sa maison fut prête. Légère, fragile, mais à ses yeux, charmante. Il se roula dans l’herbe et se mit à chantonner : « Je suis bien, je suis chez moi, Et le loup, moi je n’y crois pas ! » Mais le loup, lui, n’était jamais bien loin…
Le deuxième petit cochon, plus réfléchi que son cadet, mais pas très patient non plus, trouva une pile de branches et de rondins. Il se dit :
— Une maison en bois, c’est mieux qu’en paille. Et je n’aurai pas à y passer des jours entiers comme mon frère aîné sûrement va le faire avec ses briques… Il construisit sa maison en une journée. Solide en apparence, mais les planches mal clouées et les fenêtres bancales laissaient passer le vent. Il invita son frère à venir fêter ça. Ensemble, ils chantèrent, rièrent, se moquant du grand frère qui, lui, travaillait encore : « Le travail, c’est bien joli, Mais la vie, c’est aujourd’hui ! »
Le plus âgé des trois petits cochons était sage et prévoyant. Il savait que la forêt abritait des dangers, et qu’une maison devait résister au temps… et au loup. Il acheta des briques, du ciment, et se mit à l’ouvrage. Jour après jour, il posa les murs avec soin, installa une cheminée, une porte solide, des volets. Cela prit du temps, beaucoup d’énergie, mais il ne se découragea pas. Quand enfin il posa la dernière tuile sur son toit, le soleil se couchait. Fatigué mais fier, il entra dans sa maison, s’assit près du feu, et dit simplement :
— Voilà un vrai foyer.
Un jour d'hiver, non longtemps plus tard, le loup, affamé, émergea de la forêt. Il avait senti l’odeur des cochons… et il avait faim. Il arriva devant la maison de paille et frappa à la porte :
— Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer ! Le cochon, effrayé, répondit :
— Par les poils de mon menton, jamais tu n’entreras, vilain loup !
Alors le loup grogna, recula, et souffla de toutes ses forces : FFFFOOOOOOUUUUUUHHHHHHH ! La maison de paille s’envola dans un tourbillon. Le petit cochon cria, prit ses pattes à son cou, et courut jusqu’à la maison en bois de son frère.
Le loup ne s’arrête pas là Le loup, très content de lui, suivit sa piste. Devant la maison de bois, il frappa à la porte :
— Petits cochons, petits cochons, laissez-moi entrer ! — Par les poils de nos mentons, jamais tu n’entreras !
Alors le loup grogna plus fort encore : FFFFFFFFFF…OOOOOOOOOUUUUUUUHHHH ! La maison de bois trembla, les planches craquèrent… et s’écroulèrent comme un château de cartes. Les deux cochons s’enfuirent en hurlant et coururent jusqu’à la maison de briques de leur frère aîné.
Essoufflés, les deux petits cochons frappèrent à la porte en criant :
— Ouvre-nous ! Le loup est juste derrière nous ! Le troisième frère ouvrit aussitôt, les fit entrer et referma la porte en bois massif à double verrou. Le loup arriva quelques secondes plus tard. Il vit la maison de briques et grogna :
— Cette fois, je vais devoir me donner à fond… Il frappa.
— Petits cochons, laissez-moi entrer ! Les trois cochons, à l’unisson :
— Par les poils de nos mentons, jamais tu n’entreras ! Alors le loup recula, inspira… et souffla : FFFFFFFFFF…OOOOOOOOOUUUUUUUHHHHH ! Mais rien ne bougea. Il souffla encore, une deuxième fois, puis une troisième. Il devint rouge de colère, essoufflé, les poumons brûlants. Mais la maison tenait bon.
Furieux, le loup tourna autour de la maison. Puis, il leva les yeux et vit la cheminée. Un sourire rusé étira ses babines. — Très bien… vous ne voulez pas m’ouvrir ? J’arriverai par le toit. À l’intérieur, le grand frère observait tout par la fenêtre. Il comprit tout de suite. — Vite, allumons un grand feu sous la cheminée ! Les trois cochons empilèrent des bûches, soufflèrent sur les braises, et bientôt une marmite d’eau chaude bouillait juste sous le conduit. Le loup grimpa, s’engouffra dans la cheminée, glissa dans le tuyau… et… SPLAAAAAAASH ! Il tomba droit dans la marmite d’eau bouillante ! — AOUUUUUUUUUUUUUUUUUH ! cria-t-il en bondissant hors de la marmite, les fesses brûlées. Il s’enfuit à travers champs, hurlant de douleur, et on ne le revit plus jamais dans la région.
Les deux plus jeunes cochons, un peu honteux, remercièrent leur grand frère : — Tu avais raison. Il faut bâtir avec sérieux. La facilité n’est qu’un piège… Le grand frère leur sourit, leur donna une tasse de thé chaud, et dit : — Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse… c’est la solidité. Depuis ce jour, les trois frères vécurent ensemble dans la maison de briques. Ils devinrent plus sages, travaillaient ensemble, mais n’oubliaient jamais de rire et de chanter — quand le travail était fait. Et s’ils sont encore en vie aujourd’hui, c’est qu’ils n’ont jamais laissé un autre loup entrer par la cheminée.
Fin.